Les noms en -<i>ance</i>/-<i>ence</i>du français : quel(s) patron(s) constructionnel(s)?
Alors que quelques travaux relativement recents portent sur la suffixation en ant du francais, de facon exclusive (par exemple, (Laporte, 1992, Lerat, 1984, Winther, 1975)), ou partielle (par exemple, (Anscombre, 2000, Fradin, 1997, Kupferman, 1992)), a notre connaissance du moins, la suffixation en ance/ ence, notee desormais Ance, n'a suscite aucun travail de recherche a part entiere depuis (Francois, 1939, 1950). Tout au plus s'est-elle vu consacrer quelques lignes ou pages comme dans (Dubois, 1962 :15) ; (Corbin, 1987 : 71) ou (Tanguy et Hathout, 2002), comme si le(s) patron(s) constructionnel(s) au(x)quel(s) elle correspond allai(en)t de soi. Or, les donnees extraites des dictionnaires contemporains ou recueillies sur la Toile permettent a priori de degager quatre patrons d'analyse pour les noms en Ance du francais : – analysabilite a partir d'un adjectif de la forme Xant/Xent (desormais note XAnt) ou X est un verbe : (1) aberrance (aberrant / aberrer) ; condescendance (condescendant / condescendre) ; rutilance (rutilant / rutiler) Le nom en Ance exprime alors tendanciellement, a la facon d'un nom, le meme caractere, la meme qualite que l'adjectif en Ant correspondant. Par exemple, le Tresor de la Langue Francaise (desormais, TLF) definit rutilance par « Caractere de ce qui est rutilant, d'un rouge eclatant ou de tons lumineux ». – analysabilite a partir d'un adjectif de la forme XAnt depourvu de verbe correspondant, au moins en synchronie : (2) belligerance (belligerant) ; intermittence (intermittent) ; latence (latent) Le nom en Ance a la meme valeur semantique que dans le cas precedent, a ceci pres que l'adjectif n'est pas issu du participe present d'un lexeme verbal francais (par exemple, intermittence : « Caractere de ce qui est intermittent »). – analysabilite a partir d'un verbe sans mediation par une etape adjectivale : (3) accoutumance (accoutumer) ; esperance (esperer) ; guidance (guider) ; preference (preferer) Le nom en Ance est alors un nom de proces, et constitue parfois un doublet d'un nom processif en ion (culminance/culmination ; irradiance/irradiation), en –ment (accroissance/accroissement ; acquiescence/ acquiescement) ou en age (guidance/guidage) forme sur le meme verbe. Il existe meme quelques cas de triplets de processifs reliables a un meme verbe tels debectance/debectage/debectation. – analysabilite a partir d'un nom de la forme XAnt : (4) gerance (gerant) ; lieutenance (lieutenant) ; presidence (president) Le nom en Ance designe alors la fonction ou la charge exprimee par le lexeme-base, eventuellement le lieu ou elle s'exerce, ainsi que sa duree. On notera que, dans certains cas, plusieurs patrons d'analyse sont envisageables pour un meme nom : c'est par exemple le cas d'attirance, qui fait aussi bien office de nom de proces vis-a-vis du verbe attirer (Pierre est attire par Marie ; L'attirance de Pierre pour Marie) ou de nom de qualite vis-a-vis de l'adjectif attirant, comme l'indique la citation sous (5) empruntee a (Baudouin et Tiberghien, 2004) : (5) Le degre d'attirance des visages est generalement controle de deux facons: (i) les visages sont preselectionnes comme etant attirants ou non-attirants et, parfois, moyennement attirants, [...]. L'objectif de la presente recherche est de detailler chacun de ces patrons d'analyse et d'evaluer leur disponibilite en synchronie afin de verifier si l'on assiste bien actuellement a la « reviviscence du suffixe ance » selon les termes de (Buridant, 2006 :11). Pour ce faire, l'article examine dans un premier temps les donnees du TLF. Dans un second temps, sont discutees les donnees observables hors dictionnaire recoltees sur la Toile et absentes du TLF pris comme representant des dictionnaires de langue generale, selon un protocole precise a ce moment la.
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