- Research Article
- 10.3917/ving.078.0075
1944-1951 : Les deux corps de Notre-Dame de Paris
- May 01, 2003
- Vingtième Siècle. Revue d'histoire
- Frédéric Le Moigne
Résumé La cathédrale de Paris fut investie d’enjeux politiques sous le régime de Vichy et après la deuxième guerre mondiale. Le 26 août 1944, le général de Gaulle y entra en vainqueur, et en l’absence du cardinal Suhard. La mise à l’écart du prélat qui, quatre mois plus tôt, y avait accueilli Pétain et fait allégeance au régime, représentait une humiliation pour la hiérarchie catholique. Celle-ci s’était volontiers prêtée au souhait de l’État français de recevoir sa bénédiction. Quand les voyages du maréchal à travers la France avaient pour étapes les cathédrales, elles étaient apparues comme les lieux privilégiés de la sacralité d’État. À la libération, le corps épiscopal, bien que l’épuration soit très limitée en son sein, ne pouvait tolérer l’affront fait au cardinal Suhard. Le cardinal Feltin fut le bras de sa revanche. À Notre-Dame de Paris, le 25 février 1951, alors que l’on célébrait le 35 e anniversaire de la bataille de Verdun, il faisait applaudir le nom du maréchal et, le 27 octobre 1951, il y célébrait une messe anniversaire en son honneur. Ces cérémonies déclenchèrent de vives protestations des associations de résistants. En 1970, les obsèques du général de Gaulle eurent lieu dans l’intimité de Colombey-les-Deux Églises. À Notre-Dame de Paris le successeur de Feltin, Mgr Marty, lut quelques phrases du général disparu. L’épiscopat, désormais, ne citait plus le maréchal.
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