Le genie poetique et musical, le musicien inquiet le confie: « Quoique dechire aux racines memes de mon existence [...] », « [...] il me faut creer tant qu’il fait jour » [10]. Et lutter contre l’obscurite depressive et sa somnolence, avant la nuit profonde de l’organique. Lutter contre l’effondrement et la desesperance, loin de la splendeur du quotidien, ou veille et sommeil s’articulent comme premier rythme de la vie. La depression sollicite la creation et le genie. Terrible lucidite, elle devoile qu’en la fin est le commencement et nourrit l’idee de ramener l’origine au terme, d’abolir le temps. Au-dela des mots se donne la musique, lieu d’amour et de mort, verbe de l’affect et de la valeur. La musique, « expression supreme de la poesie », parole des anges. Quand se defait la structure cadentielle de la temporalite, se donne, cruelle, sa relation tonale aux rythmes binaires et ternaires de la vitalite vegetative, battements du cœur, haletement de la respiration, contracture du muscle, oscillation du regard. La depression est ce vide du temps, ce lointain de la finitude, la marque de la depressivite a l’œuvre au creux de l’existence chaque fois comme une occasion privilegiee d’actualisation de potentialites restees silencieuses. C’est le genie humain au sens le plus ordinaire qui y est sollicite, celui qui nous permet de vivre notre vie. Il y a un bon usage de la depression.
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