L’espace public des réseaux ne rassemble pas un hypothétique demos (peuple) mû par l’exercice rationnel de sa citoyenneté mais des agrégats cimentés par des émotions contradictoire. La fausse horizontalité démocratique revendiquée dans ces espaces est une émocratie, un régime qui rend performatives nos émotions et les font envahir l’espace public par l’intermédiaire de ceux qui font l’agenda, media et politiques. Messages trop nombreux, impossibilité de trier le vrai du faux, difficulté à suivre le déploiement des sujets face à l’accélération infinie du cycle de l’information, sentiment d’impuissance, telles sont les explications avancées pour le désengagement. Face à ce constat alarmant, on peut s’interroger sur l’existence d’une loi des rendements décroissants de l’information, à rebours du mouvement séculaire liant émancipation et niveau d’information. La quantité semble aujourd’hui menacer la perception de la qualité. La perte de repères produit un effondrement de la confiance. La défiance croissante vis-à-vis des médias est dans la plupart des pays où elle est mesurée corrélée à la défiance vis-à-vis des institutions. Si les citoyens n’ont plus de sujets d’intérêt commun, plus de liens et que chacun est enfermé dans ses propres récits, alors c’est un danger pour notre démocratie.
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